par Yogîndra
ĪÅopaniá¹£ad · Émission n° 5 · Jeudi 8 octobre 2026
Bonjour chers auditeurs de Radio Gandharva Gana.
C’est Yogîndra dans notre émission « Le souffle des textes », une émission d’étude du sanskrit et de réflexion philosophique sur le vedÄnta.
En commençant cette série d’émission sur l’ĪÅopaniá¹£ad, je vous ai déjà proposé l’analyse du mantra initial ; il parle de pÅ«rá¹a, l’infini.
Le brahman non-conditionné est infini.
Le monde manifesté est infini.
Le monde manifesté est issu de brahman, mais brahman reste indifférent au monde manifesté, non soumis aux changements incessants de ce dernier, immuable, inaltérable.
Et puis nous avons analysé le premier mantra de l’upaniá¹£ad proprement dite. Le voici pour vous le remettre en mémoire :
Ä«ÅÄ vÄsyamidaá¹ sarvaá¹ yatkiñca jagatyÄá¹ jagat |
tena tyaktena bhuñjÄ«thÄ mÄ gá¹dhaḥ kasya sviddhanam || 1 ||
Et sa traduction :
IU 1 :
Par le Seigneur est recouvert ce tout, tout ce qui se meut dans ce monde mouvant. Par le renoncement, protège ton Soi ! Ne convoite pas le bien de quiconque !
Ce mantra est orienté vers la dévotion au Seigneur ĪÅa présent en toute choses que nous pouvons atteindre par le renoncement aux désirs en voyant Dieu partout. Voici maintenant le deuxième mantra qui porte sur le karma, l’action, et sur le désir. L’upaniá¹£ad passe ainsi passage du bhakti yoga, le yoga de la dévotion, au karma yoga, le yoga de l’action, avant qu’elle n’entame, un magnifique développement sur l’Ätman dans les mantras du troisième au huitième. Je récite ce deuxième mantra :
kurvanneveha karmÄá¹i jijÄ«viá¹£ecchataá¹ samÄḥ |
evaá¹ tvayi nÄnyatheto'sti na karma lipyate nare || 2 ||
Comme pour le premier, en récitant ce mantra, nous pouvons sentir le rythme en quatre parties, quatre pÄda de chacun huit syllabes.
kurvanneveha karmÄá¹i ; puis, deuxième pÄda : jijÄ«viá¹£ecchataá¹ samÄḥ ; puis, troisième pÄda : evaá¹ tvayi nÄnyatheto'sti, et enfin, quatrième pÄda : na karma lipyate nare.
Aujourd’hui, je vous propose les deux premiers pÄda, et nous verrons les deux suivants la prochaine fois. Je prends le premier pÄda : kurvanneveha karmÄá¹i.
Et je commence par décomposer les sandhi, les liaisons pour identifier chaque mot séparément : kurvan, puis eva, puis iha, et enfin karmÄá¹i. Les deux mots eva et iha fusionnent pour faire eveha. Et la consonne na finale de kurvan, est redoublée devant la voyelle, ce qui donne kurvann-eveha.
Les deux mots kurvan et karmÄá¹i ont la même origine, c’est le verbe ká¹, faire, agir. Le mot kurvan est le participe présent au nominatif masculin singulier : faisant, en faisant. Et karmÄá¹i est le pluriel du mot neutre karman, l’action, à l’accusatif, complément d’objet direct de kurvan. kurvan karmÄá¹i signifie donc : en faisant les actions.
Au passage, je fais remarquer qu’en sanskrit l’action se dit karman et non karma comme l’usage courant l’a retenu. En sanskrit on dit karman, comme on dit Ätman, à la différence près que Ätman est masculin et se décline au nominatif en ÄtmÄ, avec deux Ä longs, alors que karman est un nom neutre qui se décline au nominatif en karma avec un a court. C’est une différence avec le mot brahman, qui au nominatif masculin donne brahmÄ, c’est-à-dire le Dieu créateur de la trimurti, et au nominatif neutre donne brahma, l’absolu. Je ferme la parenthèse.
Les deux petits mots qui séparent kurvan et karmÄá¹i sont deux particules adverbiales très courantes qui les précisent. Le premier, eva, signifie : seul, seulement, vraiment ; et iha signifie : ici-bas, en ce monde.
Cet adverbe iha est une sorte d’accusatif du pronom démonstratif idam ; idam, qui, comme vous le savez maintenant signifie "ceci", comme dans le mantra pÅ«rá¹amadaḥ pÅ«rá¹amidam, le monde manifesté est infini. Ainsi, iha signifierait : dans ceci ; donc : dans ce monde-ci, dans le monde, ici-bas.
kurvann eva_iha karmÄá¹i
En faisant seulement les actions dans ce monde.
Les actions évoquées ici peuvent désigner aussi bien les sacrifices tels qu’ils étaient pratiqués à l’époque védique, que les actions courantes de la vie, telles que nous les comprenons aujourd’hui. Je vais y revenir.
Mais poursuivons d’abord avec le 2ème pÄda : jijÄ«viá¹£ecchataá¹ samÄḥ.
Cette fois encore, il faut décomposer le sandhi qui relie jijÄ«viá¹£et et Åatam. La liaison entre la conconne ta finale de jijÄ«viá¹£et et la sifflante palatale de Åatam transforme le ta en ca (jijÄ«viá¹£ec) et le Åa de Åatam en cha, le ca aspiré, cha. Ce qui donne jijÄ«viá¹£ec-chatam.
L’expression jijÄ«viá¹£et est le verbe jÄ«v, vivre, conjugué au désidératif qui signifie donc : désirer vivre. Le désidératif se construit en redoublant la syllabe de la racine verbale. jÄ«v donne donc ji-jÄ«v. Il est à la troisième personne du singulier de l’optatif. L’optatif exprime un souhait, ou une condition ; l’idée de désir se trouve ainsi renforcée. Et comme il n’y a pas de sujet, nous allons traduire jijÄ«viá¹£et par : on devrait désirer vivre ; ou bien : on peut désirer vivre.
Passons maintenant à Åatam qui est un mot neutre, à l’accusatif singulier ; c’est le nombre cent. Il va avec le mot suivant samÄs. samÄ est un nom féminin qui signifie année. Sous la forme samÄḥ, ou samÄs, il est ici à l’accusatif pluriel. L’ensemble Åataá¹ samÄs signifie : cent années.
On peut désirer vivre cent ans.
Je reprends ces deux pÄda mot à mot :
iha : dans ce monde ;
kurvann : faisant ;
eva : seulement ;
karmÄá¹i : les actions ;
jijÄ«viá¹£et : on peut désirer vivre ;
Åatam : cent ;
samÄs : années.
Dans ce monde, seulement en faisant les actions, on peut désirer vivre cent ans.
Autrement dit : Dans ce monde, c’est seulement en accomplissant les actions qu’on peut désirer vivre cent ans.
Cette idée de vivre cent ans correspond à la durée de vie maximale telle qu’elle est envisagée dans les Veda. Selon Åaá¹ kara, kurvan eva iha karmÄá¹i « En agissant seulement dans ce monde », signifie : en accomplissant ici-bas les actions rituelles, telles que l'agnihotra, l’oblation à Agni, l’accomplissement sacré du feu rituel.
Pour les hommes védiques, l’action, au sens de sacrifice, représente les actions menées pour s’accorder la faveur des dieux, d’où le nom d’agnihotra, l’oblation dans le feu pour plaire à Agni. Pour nous, selon l’enseignement reçu de la Bhagavad GÄ«tÄ, karma désigne l’action désintéressée que Ká¹á¹£á¹a nous exhorte à accomplir, comme une oblation offerte à l’univers.
La difficulté de ce texte est de bien distinguer ce qui est du ressort de l’action désintéressée de ce qui est du ressort du désir intéressé. Voici, par exemple, ce qui dit SvÄmi Vivekânanda dans JñÄna Yoga quand il explique justement cette upaniá¹£ad :
Et aussi :
Ce mantra de l’upaniá¹£ad et l’explication de Vivekânanda, rappellent les quatre buts de la vie, les quatre puruá¹£Ärtha ; puruá¹£a, l’homme ; artha, le but, puruá¹£Ärtha, les buts des êtres humains dans leur passage sur terre dans cette vie.
Ces quatre buts sont : 1) dharma, la loi juste ; 2) kÄma, les désirs ; 3) artha, la richesse, les moyens pour réaliser les désirs, pour mener une vie dans le monde ; 4) moká¹£a la libération. dharma, artha, kÄma, moká¹£a.
dharma — la loi juste
artha — la richesse
kÄma — les désirs
moká¹£a — la libération
Ce que nous enseignent les textes védiques est que pour atteindre le quatrième but, moká¹£a, la libération, nous devons respecter un niveau de richesse, artha, juste, conforme au dharma ; nous devons vivre kÄma, nos désirs de façon juste, conformément au dharma. Nous avons droit aux désirs et même de les réaliser, mais à des désirs légitimes, ceux qui correspondent à une vie équilibrée. On a le droit de travailler pour gagner de l’argent, pour nourrir sa famille et lui donner un toit ; le désir d’être heureux, de rendre les autres heureux, car ce sont des désirs légitimes.
Donc, oui à artha, la richesse, mais la richesse selon le dharma, ce qui est juste nécessaire et dans le respect des autres et de soi-même. Oui, aux désirs, oui aux plaisirs, oui à la richesse, mais selon le dharma, selon son propre dharma, le svadharma, le dharma pour soi.
Ce mantra de l’upaniá¹£ad est très clair à ce sujet, nous pouvons désirer vivre cent ans, mais nous ne pourrons le faire qu’en accomplissant les actions qui sont justes.
D’accord pour souhaiter vivre cent ans, mais à condition que ces cent années soient utiles et nous mènent à la libération finale, moká¹£a.
C’est le sens de ce verset de la Bhagavad GÄ«tÄ :
Donc nous devons accomplir nos désirs selon notre svadharma.
Pourtant, la vie nous enseigne que ni artha, ni kÄma, même réalisés selon le dharma, ne pourront jamais nous rassasier. Si nous ne sommes pas vigilants, un désir réalisé en appelle un autre, une richesse obtenue donne envie d’une autre, et c’est sans fin. Sauf si l’on se rend compte qu’il existe un but plus élevé à atteindre. C’est le karma yoga, l’action désintéressée, et c’est ce type d’action dont l’upaniá¹£ad nous parle.
Pour conclure cette émission, voici le deuxième mantra de l’upaniá¹£ad :
Et la traduction du premier vers du mantra :
La prochaine fois, nous étudierons le second vers du deuxième mantra de l’upaniá¹£ad et nous approfondirons un peu la notion de karman, l’action et le résultat de l’action.
Je vous donne rendez-vous jeudi prochain dans l’émission « Le souffle des textes ».
Bonne semaine.
ÅÄstraprÄá¹e — Dans le souffle des textes
Le souffle du désir · par Yogîndra
Radio Gandharva Gana