Mémoires par Francis Basset

Le Billet d'humeur

Mémoires

Par Francis Basset

Ce 11 septembre qu'on "fêtait" il y a cinq jours. Ce 11 septembre aux allures de "plus jamais ça".

Peu importent ses "croyants" ou ses détracteurs, cette date révèle deux sortes de mémoires : la mémoire courte, et la mémoire croûte.

Le National 9/11 Pentagon Memorial à Arlington — Photo : PO2 Patrick Kelley / U.S. Coast Guard, domaine public, via Wikimedia Commons.

La mémoire courte

La mémoire courte on la retouve beaucoup dans l'ingratitude.

L'ingrat vous fera remarquer la salade composée qu'il vous a offerte un jour, en oubliant les années de "dépannages", financiers, hébergement, dont vous l'avez gratifié.

On retrouve cette mémoire courte aussi dans la peur.

On fume, on picole, on bouffe gras et merdique et on fait un infarctus. On frôle la mort et on panique.

Mais trois pontages et ça repart. Tout est debouché et on y retourne.

Infar ? Quel infar ? Quand ça ? Qui a eu ça, je le connais ?

La mémoire croûte

Et puis y'a la mémoire croûte.

Ces croûtes qui se forment sur les blessures. Des blessures peu ragoûtantes et des croûtes qui le sont tout autant.

Mais la peau neuve apparaît une fois la croûte partie et hop, fini. Tout va bien.

Hein quoi, Charlie Hebdo, Hyper Casher ? Le Bataclan ? C'était quoi ? Le 11 septembre ? Le 7 octobre ? C'était quand déjà ? Avant ou après que Jésus ne crie devant tant de gâchis du plan Divin ?

Et aujourd'hui ça va "commémoroter" après digestion avec toutes les mémoires courtes et toutes les mémoires croûtes.

Sans moi pour ce bal de l'hypocrisie.

Mais moi qui ai pourtant une mémoire d'éléphant qui ne trompe personne. Elle.

La mémoire croûte est la plus dangereuse parce qu'elle fait vite peau neuve et se transforme en amnésie.

Ne pas confondre vivre et oublier

Bien sûr qu'il faut passer à autre chose et vivre, bien sûr il faut continuer malgré les horreurs, l'injustice, l'aveuglement acharné mais il faut aussi tirer des leçons de ce qui nous a dévastés, chamboulés, traumatisés.

C'est une bonne chose en soi d'en tirer des leçons pour améliorer la condition humaine. Comme on améliore la race chevaline.

Cette allusion au cheval n'est pas gratuite. Depuis la nuit des temps il sert l'homme et tire sa noblesse de sa soumission à lui.

Le p'tit ch'val dans le mauvais temps...

Ne pas zapper systématiquement le passé, comme on refait à neuf un appartement pour le louer ou le vendre.

Appartement où une vieille dame a vécu 50 ans en y laissant son empreinte avec ses objets, ses photos, ses souvenirs.

En tenir compte c'est du respect et de l'honneur.

Une ancienne photographie de famille : les traces silencieuses de vies passées — auteur inconnu, domaine public, via Wikimedia Commons.

Malheureusement la vie moderne a tendance à faire table rase.

Mais quand on fait table rase il y a toujours la mémoire sous la table.

Comprendre pour transmettre

Sans compter que pour donner de l'espoir aux générations futures il faut comprendre ce qui s'est passé.

On n'assainit pas un lieu de vie en mettant la poussière sous le tapis.

Il faut savoir affronter le passé et ses enseignements.

On ne peut pas s'élever sans mémoire.

L'esprit croupit sur le plancher des vaches quand on lui retire l'échelle.

Ah changer en humain toutes ces gens accrochées à leurs petits pouvoirs et à leur idéologie, imbus d'eux-mêmes, ruisselants de bons sentiments et de progressisme... mémoire !

La Terre, elle, n’oublie rien

La mémoire croûte. La croûte terrestre.

La nature, elle, n'oublie rien. Ses milieux naturels, ses fossiles ont conservé les traces du passé.

Ignorer ça c'est regarder un paysage fantastique comme s'il venait de surgir devant notre regard, comme le lapin surgi du chapeau du prestidigitateur.

Regarder un merveilleux panorama comme s'il n'avait jamais eu de bouleversements géologiques pour arriver à cette conjonction de couleurs de ses falaises et de ses roches pour m'émouvoir aux larmes.

Les falaises fossilifères de Joggins, en Nouvelle-Écosse : les strates de la Terre comme archives du temps — Photo : Cornellier, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Ce que l’homme pardonne à la nature

Point positif pour l'humain oublieux, quand la nature se venge de son saccage en coupe réglée et qu'elle dévaste un endroit par un typhon ou une montée des eaux, l'homme reconstruit à cet endroit.

Mais ne reconstruit pas où a eu lieu une catastrophe provoquée par l'erreur humaine.

Un barrage qui a cédé par exemple.

On pardonne à la nature, pas à l'homme.

La mémoire et la mer

Et la mer, cette merveille aux parfums d'éternité.

Elle charrie depuis toujours les souvenirs et les fantômes du passé.

« La mémoire et la mer »
— Léo Ferré
Francis Basset
Le Billet d'humeur — Radio Gandharva Gana
Crédits photographiques :
National 9/11 Pentagon Memorial — PO2 Patrick Kelley / U.S. Coast Guard, domaine public, via Wikimedia Commons.
« OldFamily.JPG » — auteur inconnu, domaine public, via Wikimedia Commons.
« Joggins-fossil-cliffs.jpg » — Cornellier, licence Creative Commons Attribution-ShareAlike 4.0, via Wikimedia Commons.