Par Rabbin Gabriel Hagai
Alors aujourd’hui, nous sommes à la fin de notre fête de Souccot, notre fête des Cabanes, qui se termine par une grande fête que l’on appelle Simhat Torah, la réjouissance de la Torah.
Parce que Dieu, qu’Il soit béni, nous demande de nous réjouir, que l’on soit en joie, ce qu’on appelle en hébreu la Simha, la joie.
Et il y a donc une injonction de servir notre Dieu « BeSimha Oubtou Levav », avec joie et avec bonté de cœur.
Alors la Torah, qu’est-ce que c’est, la Torah ?
La Torah, c’est la Voie, V-O-I-E, avec un V majuscule.
Et donc, on se réjouit que Dieu nous ait donné la Voie, la recette de notre élévation, de notre transformation spirituelle, de manière à atteindre la réalisation, c’est-à-dire la réalisation ultime, qui est de reconnaître sa véritable nature.
Quelle est notre essence ?
Notre essence véritable, c’est tout simplement que nous sommes une étincelle du Divin, donc une partie du Divin, comme il est dit dans l’acte de création, Bereshit : il est dit que Dieu a insufflé son souffle dans Adam afin qu’il ait une âme.
Et donc notre âme est une âme divine.
Et le but de toute la Voie, V-O-I-E, notre élévation, notre cheminement spirituel dans ce monde, c’est, petit à petit, de réaliser notre nature divine profonde et donc de s’élever : d’un côté, vu verticalement, vers Dieu et, horizontalement, de réaliser que nous sommes tous unis en Dieu et par Dieu et que nous possédons tous la même nature, que notre nature humaine est la même pour tout le monde et que l’autre n’est pas différent de moi-même.
Et donc, on arrive à ce niveau de vouloir pour l’autre ce que l’on veut pour soi et d’aimer l’autre comme soi-même.
Voilà, ça, c’est notre chemin, le chemin de la Torah.
Et du coup, ça m’amène à parler aujourd’hui un petit peu des lycéens, vu que c’est un billet d’humeur.
Alors, on aurait aimé que les gouvernements successifs se rappellent du pacte républicain qui a été fait entre les citoyens et le gouvernement français au niveau de l’éducation, au niveau de la santé, au niveau de la justice, au niveau de la sécurité, au niveau des déplacements.
Voilà, dans tous ces domaines, l’État s’engage à aider ses citoyens.
Mais c’est un investissement pour le futur.
Si on veut un peuple, si on veut des citoyens qui soient en bonne santé, eh bien, il faut s’occuper de leur santé.
Si on veut qu’ils soient éduqués, eh bien, il faut s’occuper de leur éducation.
Si on veut qu’ils soient dans une société juste et apaisée, dans un État de droit, eh bien, il faut mettre le paquet au niveau des juges et de tout cela.
Et malheureusement, on s’aperçoit que certains choix ont été faits, certains choix court-termistes.
Et au lieu de comprendre que l’argent qu’on investit dans l’éducation, dans la santé, dans la sécurité, dans la justice, dans les déplacements, eh bien, c’est un argent qui revient de toute manière et qui revient au centuple.
Et ça rend un pays fort et puissant.
Non, on a mis en place une analyse court-termiste : vraiment, est-ce que les choses rapportent ?
Et évidemment, on ne peut pas appliquer une philosophie court-termiste sur l’éducation, sur la santé.
Et malheureusement, c’est ce qui a été fait.
D’où les jeunes qui sont dans la rue.
Parce que, bien évidemment, la situation dégénère et on est un petit peu dans l’état de la grenouille dans le bocal.
Vous connaissez cette histoire ?
C’est une grenouille qui est dans un bocal d’eau et, petit à petit, on fait chauffer l’eau, on fait chauffer l’eau et, à un moment, l’eau est tellement chaude que la grenouille cuit.
Mais comme ça s’est mis à chauffer petit à petit, elle ne s’est jamais aperçue que l’eau était bouillante.
Contrairement au fait que, si on trempe directement une grenouille dans l’eau bouillante, eh bien, elle va bondir hors de l’eau.
Et c’est un petit peu ça.
C’est-à-dire que l’eau, elle a chauffé, elle a chauffé, et on est cette grenouille et on ne s’est pas aperçu que la société allait de mal en pis d’année en année.
Et là, je pense que ça y est, la corde a cassé.
Et ce qu’on aurait aimé, c’est que, plutôt que d’actionner le levier répressif de la loi, on les écoute et qu’on commence à rectifier la direction.
Parce que c’est ça que nous demande la Torah : c’est de rectifier la Voie, c’est de mettre l’être humain au centre et pas du tout le côté financier, pas du tout le côté argent.
Donc remettre l’être humain au centre et se souvenir que l’argent n’est qu’un moyen.
Et je pense que c’est ça que nous demande la Torah.
Et donc, au moment de Simhat Torah, au moment de cette fête de la réjouissance de la Torah, on prie pour que ce monde soit plus juste, qu’on puisse remettre l’être humain au centre et cheminer dans la Voie, V-O-I-E, dans la Voie de la Torah, de manière à pouvoir s’élever, s’élever au niveau individuel, s’élever au niveau collectif et atteindre enfin, enfin, cette société apaisée, cette société de paix qui a été annoncée dans nos prophètes.
Remettre l’être humain au centre,
cheminer dans la Voie
et œuvrer pour une société de paix.
Merci.