BILLET D'HUMEUR : Le voile dit islamique : trois réflexions Par Rabbin Gabriel Hagaï


07 septembre 2026
Billet d'humeur

Le voile dit islamique :
trois réflexions

Par Rabbin Gabriel Hagaï

Hashalom 'alekhem we-rahme Adonat wuvirkato.
Que la paix, la miséricorde de Dieu et sa bénédiction soient sur vous tous.

Mon billet d’humeur d’aujourd’hui porte sur le voile dit islamique, ou plutôt sur la volonté exprimée par certains responsables politiques d’interdire ce voile dans l’espace public.

Cette proposition m’inspire trois réflexions.

Première réflexion : en quoi l’interdiction du voile permettrait-elle de combattre l’islamisme ?

La première question que je me pose est simple : en quoi l’interdiction générale d’un couvre-cheveux permettrait-elle de combattre l’islamisme ?

C’est pourtant la raison avancée pour justifier l’interdiction du voile porté par les musulmanes dans l’espace public : il s’agirait de lutter contre l’islamisme, ce voile étant présenté comme son « drapeau ».

Mais en quoi une telle mesure serait-elle réellement utile ?

L’islamisme est une utilisation politique de la religion musulmane. Les islamistes en France représentent certainement moins de 1 % de l’ensemble des musulmans.

Une interdiction générale toucherait donc avant tout la majorité des femmes musulmanes qui portent le voile sans être islamistes. Elles le portent parce qu’il représente pour elles une manière d’exprimer leur foi et d’adorer leur Créateur, leur Seigneur, en se couvrant les cheveux.

Femmes portant le hijab en France
Femmes portant le hijab en France — Photo : Sophie Barat, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons.

Cette pratique s’inscrit dans une longue tradition de l’islam, mais elle n’est d’ailleurs pas propre à cette religion.

Nous la retrouvons également dans le christianisme. Les religieuses se couvraient traditionnellement les cheveux, et certaines le font encore aujourd’hui. Nous retrouvons également cette pratique dans le judaïsme, dans l’hindouisme et dans de nombreuses cultures.

Elle n’est donc pas spécifique aux musulmanes.

Pourquoi, dès lors, le combat contre l’islamisme devrait-il se concentrer sur le voile ? Pourquoi pas sur d’autres signes ? Pourquoi pas la barbe ? Pourquoi pas certaines robes ou d’autres vêtements ? Et surtout, pourquoi ne viser que les musulmans ?

On pourrait éventuellement choisir une approche comparable à celle qui existe dans les établissements scolaires et interdire aux mineurs l’ensemble des signes religieux ostentatoires.

La question est donc bien celle de l’utilité d’une telle mesure.

Les islamistes disposent de bien d’autres moyens pour asseoir leur politique ou leur volonté d’expansion hégémonique que celui de faire porter un voile à leurs femmes.

Voilà ma première réflexion.

Deuxième réflexion : le court-termisme et le discours démagogique

Ma deuxième réflexion part précisément de ce constat : si cet outil n’est pas véritablement utile pour combattre l’islamisme, pourquoi occupe-t-il une telle place dans le débat politique ?

L’islamisme me semble d’ailleurs parfois quelque peu fantasmé. Encore une fois, l’immense majorité — 99 % — des musulmans vivant en France ne sont pas islamistes.

Ils pratiquent l’islam, mais ils n’ont aucune velléité particulière d’imposer la religion musulmane dans ce pays que nous partageons tous.

Tout cela me paraît donc parfois relever davantage du fantasme que de la réalité.

Ce que nous pourrions attendre de nos responsables politiques serait plutôt un discours éthique et moral. Nous aimerions qu’ils soient exemplaires, qu’ils montrent l’exemple par leur probité, leur éthique et leur droiture.

Nous aimerions qu’ils soient des parangons de justice, plutôt que des menteurs ou des démagogues.

Or, l’un des grands problèmes auxquels sont confrontés ceux qui sont appelés à gouverner est celui du court-termisme.

Palais Bourbon, siège de l'Assemblée nationale
Le Palais Bourbon, siège de l’Assemblée nationale française — Photo : Jacky Delville, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

La durée des mandats et leur rotation, dans le système politique qui est actuellement le nôtre, rendent difficile la mise en œuvre d’une véritable politique de transformation.

Pourtant, nous avons besoin de transformer profondément notre société. Nous sommes en train de foncer dans le mur et nous le voyons.

Nous devons faire face à de nouveaux défis, et notamment à celui de la transition écologique.

Le climat est en train de changer. Nous le constatons avec les incendies, les sécheresses et de nombreux autres phénomènes. Il s’agit d’un problème global.

Nous aimerions donc que les responsables politiques nous proposent des solutions globales.

Mais transformer profondément une société demande plusieurs décennies. Cela exige des décennies d’efforts et, peut-être, des périodes pendant lesquelles nous devrons nous serrer la ceinture et accepter de transformer certaines de nos habitudes.

Quel responsable politique serait alors suffisamment audacieux, dans un système marqué par le court-termisme et des mandats relativement courts, pour proposer une véritable politique de transformation à long terme, sachant que ses adversaires pourront immédiatement déclarer : « C’est du n’importe quoi », avant de proposer autre chose de beaucoup plus démagogique ?

C’est ainsi que j’en viens à ma deuxième réflexion concernant cette proposition d’exclure le voile islamique de l’espace public.

Nous retrouvons ici ce problème du discours démagogique, particulièrement dérangeant lorsqu’il vient de personnes appelées à nous gouverner.

Car nous pouvons alors nous demander : quelles décisions vont-elles réellement prendre ?

Nous le voyons, par exemple, avec la question de la dette.

Les citoyens ne sont pas responsables de la gestion de l’État français. Ce sont les personnes que nous avons élues, les responsables politiques, qui ont été chargées de gérer l’argent public.

Or, une dette astronomique a été accumulée et l’on demande maintenant aux citoyens de faire des efforts pour en supporter les conséquences.

Mais nous n’en sommes pas responsables.

Nous savons gérer notre argent, nos familles et nos entreprises. Et nous allons pourtant devoir payer les pots cassés de personnes qui, elles, ne rendront pas nécessairement de comptes.

Voilà qui est pour le moins problématique.

Troisième réflexion : pourquoi les musulmans ?

Ma troisième réflexion est peut-être la plus importante : pourquoi toujours les musulmans ?

Derrière ce genre d’attaque dirigée contre une seule cible — toujours l’islam ou, pour présenter les choses autrement, « l’islamisme » — je ressens la présence d’une forme de racisme.

Nous retrouvons un mécanisme malheureusement classique : celui de la bouc-émissarisation.

On choisit une communauté et on finit par la rendre responsable de tous les problèmes.

On parle alors des immigrés, en sous-entendant bien souvent les immigrés d’origine maghrébine, arabo-berbères et musulmans.

Ils deviennent des cibles faciles sur lesquelles on peut faire porter tous les maux de la société. On finit par laisser entendre que, si rien ne va, ce serait à cause d’eux.

Ce sujet monopolise alors progressivement le discours politique.

En tant que Juif, cette mécanique me touche particulièrement, car nous avons déjà connu et subi ce phénomène dans les années 1930.

Le judaïsme et les Juifs ont alors été la cible d’un discours antisémite qui faisait de nous des boucs émissaires. Nous étions prétendument responsables de tout.

Cette logique a notamment contribué à l’arrivée au pouvoir des nazis en Allemagne ainsi que d’autres gouvernements antisémites.

En France, il y eut notamment le gouvernement de Pétain, dont ma propre famille a souffert. La génération de mes grands-parents, de mes grands-oncles et de mes grandes-tantes a beaucoup souffert de cette période.

En tant que Juif appartenant à une communauté qui a vécu cette bouc-émissarisation et qui a été la cible de tels discours, je suis donc particulièrement sensible à leur réapparition.

Car je ne perçois pas ici de véritable rationalité. Ce n’est pas objectif.

Il s’agit plutôt de chercher un responsable, de dire : « C’est de leur faute », au risque d’éveiller la haine et de cliver notre société.

Or, cela est profondément contraire à l’esprit même de la Torah.

Personne n’est meilleur qu’un autre.

Nos sages, dans le traité Sanhédrin, demandent pourquoi Dieu a créé l’être humain à partir d’un seul homme, Adam, le premier Adam.

La réponse est magnifique : afin que personne ne puisse venir dire à un autre :

« Mon père est plus important que le tien. »

Car, au bout du compte, nous avons un seul père. Toute l’humanité forme ainsi une seule famille : nous sommes tous frères et sœurs.

Dans la Torah, au Lévitique 19:34, il est également demandé d’accueillir l’étranger, parce que les Israélites eux-mêmes ont été étrangers en terre d’Égypte.

Ne pas faire à autrui ce que nous ne voudrions pas que l’on nous fasse constitue ainsi la base de notre règle d’or, cette vertu qui devrait nous animer dans nos relations les uns avec les autres.

Mains entrelacées symbolisant l'unité et la fraternité
L’unité dans la diversité — Photo : Wonder woman0731, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons.

Nous ne devons jamais oublier que nous avons tous été créés à l’image de Dieu, selon Sa ressemblance, selon cette ressemblance divine.

Il n’existe donc pas d’être humain qui serait inférieur ou supérieur à un autre.

Nous sommes tous frères et sœurs.

Et cette fraternité, cette sororité, devraient nous guider dans la construction de notre société : une société fondée sur la fraternité, la justice, la compassion, l’entraide et l’amour.

C’est ce que nous pouvons souhaiter.

À l’aube des élections présidentielles en France, j’aimerais que ce soit ce genre de discours que nous entendions de la part de nos candidats à la présidence de la République.

Je vous souhaite, en tout cas,
la paix, la justice et le bonheur.

Rabbin Gabriel Hagaï
Le Billet d'humeur — Radio Gandharva Gana
Crédits photographiques :
« Hijabis - 2017 » — Sophie Barat, licence Creative Commons Attribution 2.0, via Wikimedia Commons.
« Le Palais Bourbon » — Jacky Delville, licence Creative Commons Attribution-ShareAlike 4.0, via Wikimedia Commons.
« Racially diverse unity » — Wonder woman0731, licence Creative Commons Attribution 2.0, via Wikimedia Commons.

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