03 novembre 2026
En compagnie des sages
Une réflexion à partir d’un texte de Swâmi Yatiswarananda
Bonjour à toutes et à tous.
Aujourd’hui, je vous invite à partager une réflexion sur un article intitulé En compagnie des sages, qui a été publié dans le numéro 114 de la revue.
C’est un texte de Swâmi Yatiswarananda, qui était le gourou de notre bien-aimé Swâmi Veetamohananda.
Tout comme Swâmi Vireswarananda — le premier président du CVR, que je vous ai présenté l’année dernière —, il a été envoyé en Europe au début des années 1930 pour enseigner le Vedānta.
Il a vécu en Allemagne et en Suisse, puis au moment de la guerre, il a été envoyé aux États-Unis où il a fondé le Centre védantique de Philadelphie en 1942.
Il est retourné en Inde dans les années 1950 où il a occupé la présidence de plusieurs ashrams importants, avant de devenir vice-président de la Mission Râmakrishna.
On disait de lui qu’il n’était pas un prédicateur au sens habituel du terme, car il accordait davantage d’importance à la pratique qu’à la théorie. Son caractère affable et doux, son grand amour et sa profonde sympathie pour tous, s’accompagnaient d’une compréhension aigüe des difficultés humaines.
Le portrait qui nous est transmis est celui d’un guide spirituel de grande envergure, que ses contemporains considéraient comme une âme illuminée.
Rien de moins !
Une autre manière de comprendre le renoncement
Dans son article, Swâmi Yatiswarananda raconte l’histoire d’un saint musulman qui reçoit la visite d’un sultan.
L’empereur admire son renoncement.
Mais l’ascète lui répond :
« Mon renoncement ? Voyons, le vôtre est bien plus grand. Moi, je n’ai renoncé qu’au monde et à ses plaisirs. Vous, vous avez renoncé à Dieu et aux joies spirituelles. »
Cette réponse nous fait surtout réfléchir à ce que nous appelons le renoncement.
On pense souvent à un moine qui quitte le monde, ses biens, sa famille.
Mais le renoncement peut aussi se vivre autrement.
Il peut consister en un travail intérieur, mené dans une vie ordinaire, au sein d’une famille ou dans son travail.
Il n’est pas nécessaire d’être moine pour renoncer à vouloir toujours avoir raison, à chercher moins « à paraître », à lâcher un peu notre besoin de tout contrôler.
Pourquoi fréquenter les sages ?
Swâmi Yatiswarananda insiste beaucoup sur l’importance de la fréquentation des sages.
Pourquoi ?
Parce que nous sommes influencés par les personnes que nous côtoyons.
À leur contact, nous découvrons d’autres façons de vivre, d’agir, de faire face aux difficultés.
Certaines personnes nous montrent, tout simplement par leur exemple, qu’on peut être ferme sans être dur,
donner sans attendre en retour,
ou traverser une épreuve sans se laisser envahir par l’amertume.
Outre le fait que l’on puisse admirer une personne sage, sa présence peut aussi nous aider à voir plus clairement nos propres habitudes.
À son contact, on remarque parfois qu’on réagit trop vite, ou qu’on se laisse guider par notre amour-propre.
Cette prise de conscience peut simplement ouvrir un espace :
au lieu de répondre aussitôt, on prend le temps d’écouter ;
au lieu de chercher à convaincre, on essaie de comprendre.
Peu à peu, nous apprenons qu’une autre réponse est possible.
Quand l’exemple devient enseignement
C’est aussi pour cela que la fréquentation des sages peut soutenir la pratique spirituelle.
Les textes et les enseignements nous orientent, mais l’exemple vivant nous montre comment les appliquer dans des situations ordinaires :
dans une conversation difficile,
face à une contrariété,
ou lorsque personne ne remarque le service que nous avons rendu.
Une personne profondément recueillie ne nous transmet pas seulement des idées ;
Elle nous donne à voir une manière d’habiter le monde.
La sagesse dépasse les étiquettes
La sagesse ne se rencontre pas uniquement chez les personnes religieuses : on peut la trouver même chez quelqu’un qui ne suit aucune tradition spirituelle.
Mais cela dit, soyons honnêtes : nous voyons bien qu’une sādhana régulière porte ses fruits.
Au fond, ce qui compte, ce n’est pas l’étiquette, mais la façon d’être.
Cette personne sait-elle écouter ?
Tient-elle compte des autres ?
Peut-elle reconnaître qu’elle s’est trompée ?
Cherche-t-elle à vivre selon des valeurs élevées, même lorsque cela lui demande un effort ?
Faire moins de place à soi-même
C’est peut-être ça, avancer dans le renoncement :
Faire un peu moins de place à son intérêt personnel et un peu plus aux autres, à la vérité, au service.
Cela ne veut pas dire ne plus rien désirer, ou renoncer à toute joie.
Non, c’est plutôt ne pas laisser nos désirs, notre orgueil ou notre besoin de reconnaissance décider de tout à notre place.
Admirer sans idéaliser
Bien sûr, fréquenter une personne sage ne signifie pas l’idéaliser.
Swâmi Yatiswarananda nous met aussi en garde contre l’attachement aveugle au maître.
Nous pouvons recevoir beaucoup de quelqu’un, tout en gardant notre discernement.
L’essentiel, ce n’est pas d’imiter sa personne, mais de comprendre ce que son exemple nous apprend et d’essayer de le mettre en pratique.
Trouver les bonnes compagnies dans la vie quotidienne
Alors comment faire cela dans la vie de tous les jours ?
On ne choisit pas toujours les personnes que l’on rencontre : il y a la famille, le travail, les obligations.
Mais on peut observer les relations qui nous font du bien, celles qui nous aident à rester fidèles à ce que nous voulons vivre.
On peut aussi chercher ces personnes dans notre entourage :
un ami,
une collègue,
un voisin,
quelqu’un dont la façon d’agir nous inspire confiance.
Et ces rencontres n’ont pas besoin d’être longues ou exceptionnelles.
Une parole entendue au bon moment ou un geste de patience peuvent laisser en nous une trace durable et nous soutenir lorsque nous traversons, à notre tour, une épreuve.
La fréquentation des sages n’est donc pas seulement une présence physique : c’est aussi le souvenir d’une attitude qui nous aide à retrouver notre propre direction.
Ne pas se décourager
Il arrive également que cette compagnie nous rappelle de ne pas nous décourager.
On ne change pas du jour au lendemain et il nous arrive de mal réagir.
Mais si nous en prenons conscience et essayons de nouveau, quelque chose commence déjà à changer en nous.
C’est peut-être ainsi que l’exemple d’une personne sage agit :
Non en nous imposant un modèle impossible à atteindre, mais en nous encourageant à faire le prochain pas.
Devenir, nous aussi, une bonne compagnie
Et cela va dans les deux sens.
Nous cherchons la compagnie de personnes qui nous font grandir, mais nous pouvons aussi essayer d’être une bonne compagnie pour les autres.
Pas besoin de se prendre pour un sage.
Parfois, il suffit d’écouter vraiment, de rendre service sans en faire toute une histoire, ou d’accepter une remarque sans se braquer.
Au fond, fréquenter des personnes avancées dans le renoncement, religieuses ou non, c’est découvrir par l’exemple qu’on peut vivre autrement.
Et cette découverte peut nous accompagner bien au-delà des moments passés avec ces personnes.
Gardons cet exemple avec nous au fil de la semaine.
Et passons une excellente semaine.
Une émission autour de la mémoire, des textes et des enseignements du Centre Védantique Ramakrishna.
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